Obligation de neutralité du professeur : montrer des vidéos violentes sur l'avortement n'est pas admis !

Publié par Julie TROUPEL le 25/11/2010 | Lu 6823 fois | 4 réactions

« C'était gore », témoigne un jeune élève interrogé par les journalistes de TF1 News pour rendre compte de son sentiment sur la vidéo anti-avortement, diffusée en octobre dernier, par son professeur d'histoire géographie. Les jeunes n'ont pas leur pareil pour exprimer leur ressenti. Avec cette expression, il est aisé de comprendre que la vidéo litigieuse était particulièrement violente, voir insoutenable. Or, était-il opportun pour le professeur d'un lycée de Manosque, de montrer une telle vidéo à ses élèves de seconde, dans le cadre de son enseignement d'instruction-civique ? La réponse est sans appel : non ! En conséquence le professeur a été suspendu de ses fonctions et sa responsabilité sera certainement engagée.

C’est quasiment un film d’horreur que les élèves de classes de seconde du lycée de Manosque ont eu l’occasion de voir, lors d’un cours d’éducation-civique.

A la mi octobre, un professeur d’histoire-géographie d’une quarantaine d’année, a qui l’on a confié la dispense de cours en matière d’éducation civique, a diffusé des images très sanglantes à ses élèves.

Le film en question portait sur la pratique de l’intervention volontaire de grossesse (IVG), le film se voulait « trash » pour dénoncer les pratiques de l’avortement. Des fœtus en sang et disloqués apparaissaient sur la bande vidéo.

La violence des images était telle que certains élèves ont quitté précipitamment le cours : "Moi, j'ai quitté la salle, avec deux de mes camarades, mais les autres sont restés jusqu'au bout, tétanisés », a raconté l’un des lycéens traumatisés par le film. 

L’incident a eu un effet boule de neige et est revenu très vite en leitmotiv dans les cours de récréation. Il n’a pas fallu longtemps pour que les faits remontent aux oreilles du directeur du lycée. Ce dernier n’a pas eu alors d’autres alternatives que d’en référer à l'académie des Alpes-de-Haute-Provence et aux parents d’élèves.

La procédure se met alors en marche. Une enquête administrative est diligentée. Le 8 novembre 2010, le professeur est soumis à une inspection, il est convoqué à deux reprises au rectorat, mais ne daigne pas fournir la moindre explication.

Enfin une cellule d’écoute et de dialogue en faveur des élèves choqués est crée au sein de l’établissement scolaire. 

Ce mardi, le professeur a été suspendu de ses fonctions par le recteur de l'académie d'Aix-Marseille, à la demande de Luc Chatel qui a jugé les faits « inacceptables ».

Quant au recteur, il indique que « Les premiers éléments collectés semblent montrer que ce professeur a manqué à un devoir élémentaire de neutralité. Nous allons approfondir l'enquête administrative afin de mieux établir la réalité des faits, voire les manquements de cet enseignant au cours des mois écoulés ».

Le professeur risque la radiation.

Le fonctionnaire de l’éducation nationale et ses obligations

Le fonctionnaire est soumis à un certain nombre d’obligations dont celle de neutralité.

L'obligation de neutralité impose un comportement dicté uniquement par l'intérêt du service public et pas l’intérêt personnel de l’enseignant.

Ainsi, un enseignement doit réserver la manifestation de ses opinions en dehors du cadre de ses fonctions. Ses considérations d’ordre morale, sexuelle ou religieuse ne sont pas admises dans les salles de classe…

Au demeurant, le fonctionnaire doit respecter d’autres obligations à savoir :

  • L'obligation de réserve et de discrétion (éviter des prises de position publiques mettant en cause le fonctionnement de l’administration)
  • L'obligation de signalement
  • L’obligation d'assurer son service (exercice continu de ses fonctions)
  • L’obligation d'assurer son service dans le respect de certaines règles (satisfaire aux missions confiées, conformément aux instructions données par le supérieur hiérarchique...)
  • L’Obligation de secret professionnel
  • L’Obligation d’obéissance hiérarchique