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Prise d'otage, hôpital-prison, suicides, prisons ouvertes : les prisons au coeur de l'actualité

Publié par Documentissime le 21/04/2010 | Lu 5731 fois | 0 réaction

Le 7 avril 2010, Francis Dorffer, détenu à la prison de la Santé, a retenu en otage son psychiatre pendant plusieurs heures. Il avait déjà procédé ainsi à deux reprises pour dénoncer ses conditions de détention et obtenir son transfert. Les conditions de détention reviennent fréquemment dans l'actualité, notamment en raison des suicides de prisonniers tel celui de Jean-Pierre Treiber intervenu le 20 février dernier. Cette semaine devait ouvrir le premier hôpital-prison à Lyon, les prisons sont donc placées au coeur de l'actualité, en témoigne également le projet des prisons ouvertes.

Une prise d’otage à la Santé

La prison de la Santé a connu une prise d’otage cette semaine dans la journée de mercredi. Francis Dorffer, un détenu de 26 ans, inscrit au registre des détenus particulièrement surveillés a, en effet, retenu son médecin psychiatre pendant près de cinq heures.

Le détenu, condamné à de multiples reprises pour viol, violences et homicide involontaire, exécute actuellement une peine de 30 ans de réclusion criminelle pour homicide volontaire sur la personne d’un codétenu.

Ce n’est pas la première fois qu’il utilise ce stratagème pour dénoncer ses conditions de détention et demander son transfert vers une autre maison d’arrêt à proximité de sa compagne et de son enfant.

En novembre 2009, Francis Dorffer avait déjà réalisé une prise d’otage à la centrale de Clairvaux dans l’Aude, de même qu’en 2006 au sein d’un établissement pénitencier situé à Nancy.

« Il a l'impression de ne pas être écouté par l'administration pénitentiaire et il a l'impression que son mode de fonctionnement de prise d'otage est la seule façon pour recevoir une écoute de l'administration », a révélé son avocat sur Europe 1.

La prise d’otage s’est déroulée sans violences et le psychiatre, Cyrille Canetti, a été relâché vers 17 heures après que des négociations soient intervenues entre la brigade anti-commando, le groupe technique de la brigade de recherche et d’intervention et le prisonnier.

La question des conditions de détention est un problème récurrent en France et cette prise d’otage, de même que les suicides de détenus, ravivent le débat à ce sujet.

 

Les conditions de détention et les suicides en prison

D’après l’observatoire des suicides dans les prisons françaises, depuis le 1er janvier 2010, il y aurait déjà eu 32 suicides et morts suspectes. Il faut aussi recenser une hausse du nombre de suicides en 2009, par rapport aux chiffres de 2008. Pour l’année 2008, on dénombrerait 115 décès par suicides dans les prisons françaises alors que pour l’année suivante, ce chiffre s’élèverait à 122.

Depuis l’été 2009, toutes les cellules des détenus susceptibles d’attenter à leurs jours doivent normalement être équipées de kits anti-suicide, cela à l’initiative de Madame Alliot-Marie, Garde des Sceaux.

Les kits anti-suicide ne semblent toutefois pas avoir prouvé leur efficacité au regard des suicides récents et de l’augmentation de leur nombre. Même le secrétaire d'Etat à la Justice, Jean-Marie Bockel, l'a concédé : « Lorsque quelqu'un a décidé de mettre fin à ses jours et qu'il est très déterminé à le faire, qu'il soit en liberté ou en prison, aucun kit, aucune mesure ne l'empêchera ».

Stéphane Brasdefer, syndicaliste de l'UFAP, l'Union fédérale autonome pénitentiaire a ajouté, dans le même sens : « on ne donne pas le kit à tous ceux qui disent qu'ils vont se suicider. On ne donne ce kit qu'à ceux qui ont déjà essayé de mettre fin à leurs jours ».

Les suicides en prison soulèvent également le problème de la surpopulation carcérale. Les détenus sont trop nombreux dans les cellules et ne bénéficient d’aucune intimité. Au regard du droit à la dignité et des droits fondamentaux, cette surpopulation fait débat. Les conditions de détention sont-elles conformes à ces droits ? 

Le taux de densité carcérale s’élève actuellement à 120,5% contre 102% en moyenne dans les 47 Etats du Conseil de l'Europe. Sur les 54 988 places disponibles dans les prisons françaises, il y aurait en effet plus de 60 000 détenus.

Les problèmes liés à la surpopulation carcérale sont nombreux. Le problème essentiel est celui de l'influence sur les conditions de vie des détenus, notamment la promiscuité et le manque d'intimité mais également les multiples agressions et les viols entre détenus. Le principe de l'encellulement individuel date pourtant de 1875 mais il a bien des difficultés à se voir appliquer dans la pratique…

 

Le premier hôpital-prison

Le premier hôpital-prison a ouvert ses portes au personnel le 29 mars 2010 et devait recevoir ses premiers détenus mardi 6 avril. Toutefois, l’ouverture effective était soumise à l’adoption en Conseil d’Etat d’un décret précisant le fonctionnement de ce type d’établissement. Aucun texte n’ayant été élaboré par cette institution, l’hôpital-prison n’a donc pour le moment accueilli aucun détenu.

Cette première unité hospitalière spécialement aménagée (UHSA) située à Lyon a pour objectif de recevoir des détenus atteints de troubles psychologiques. Elle peut recevoir 60 détenus encadrés par 120 soignants et est organisée en trois services, le premier pour les nouveaux arrivants, le second destiné aux mineurs et aux femmes ainsi qu’un troisième réservé à la réinsertion sociale.

Une clôture pénitentiaire entoure cette structure dont le but est « d’offrir aux détenus atteints de troubles psychologiques le même plateau de soins que dans le milieu civil » comme le précise Pierre Lamothe, médecin-chef du service médico-psychiatrique régional de Lyon et en charge de cet établissement.

Le second hôpital-prison est envisagé à Rennes pour l’année prochaine puis suivront 7 autres d’ici à 2012. Au total, à l’issue du programme qui prévoyait la création de 9 établissements spécialisés de ce type, 600 détenus seront pris en charge pour leurs troubles psychologiques. 

 

Bientôt des prisons ouvertes ?

Le secrétaire d’Etat à la justice, Jean-Marie Bockel, souhaite développer en France les prisons ouvertes, sachant qu’il en existe dès à présent une en Corse.

Les prisons ouvertes se caractérisent par une absence de barreaux, l’acceptation par les détenus des conditions de l'établissement et l’offre d'un travail rémunéré durant la période de détention.

« On peut arriver à un stade où 10 % des détenus seraient incarcérés dans des prisons ouvertes, comme dans plusieurs pays européens » a déclaré Monsieur Bockel, tout en insistant sur le fait qu'il est nécessaire pour cela de disposer de « quelque 5 000 à 6 000 places ». Pour lui, « l'idéal serait de créer trois ou quatre nouveaux établissements ».

Actuellement, le seul établissement de ce type est le centre de détention de Casabianda situé sur la côte orientale de la Corse, près de Bastia. Cet établissement pénitentiaire dispose de 194 places et ne reçoit que des détenus majeurs masculins.

Sa vocation est essentiellement agricole avec des productions forestières, céréalières, laitières et animales. De par ses structures, son fonctionnement, son organisation, l'établissement pénitentiaire est unique en France. C'est en effet un établissement dit « ouvert » sans mur d'enceinte.

On retrouve ce phénomène des prisons ouvertes dans plusieurs pays européens. Au Danemark, 34 % des détenus sont par exemple placés dans des prisons sans barreaux, alors qu’en Finlande, ce chiffre s’élève à 32 % et en Suède à 24%.

Le secrétaire d’Etat convaincu par ces exemples voisins a donc pour projet de développer les prisons ouvertes en France. « Jusqu'à présent, les efforts qui ont été faits n'ont pas suffi pour faire bouger la situation au sein de nos prisons. Ce système est une façon de le faire ».


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